Euphorie collective, « fanxiety », retournements de veste… La Coupe du monde 2026 est un miroir grossissant de notre rapport aux émotions. Et ça mérite qu’on en parle.
Un mois où le monde entier devient un peu fou
Tous les quatre ans, il se passe quelque chose d’étrange. Le monde entier décide, en silence et à l’unisson, que onze hommes courant derrière un ballon est ce qu’il y a de plus important.
Les factures, les embouteillages, les chagrins d’amour… Tout s’efface au coup de sifflet. Pendant 90 minutes, la réalité est suspendue. Et c’est précisément pour ça que le football est si puissant.
Ce n’est pas de la folie. C’est de la psychologie. Et cette année, avec la Coupe du monde 2026, le phénomène est plus visible que jamais.
Regarder un match, un vrai médicament pour le moral ?
On a longtemps cru que seule la pratique sportive faisait du bien à la tête. Or, une étude menée auprès de 7 000 adultes vient bousculer cette idée.
Résultat, les personnes qui regardent régulièrement du sport déclarent moins souvent des symptômes dépressifs. Pas parce qu’elles courent plus vite. Mais parce qu’elles vivent quelque chose ensemble.
Chez plus de 7 000 adultes étudiés, moins de dépression chez les supporters réguliers
+75 % de hausse de la fréquence cardiaque devant un match décisif à la télé
Le cerveau libère de la dopamine à chaque but. Il vit l’exploit « par procuration ». Il ressent une appartenance à quelque chose de plus grand que soi. Ce sont des facteurs protecteurs réels contre l’isolement et la dépression.
« Le football apprend aux jeunes l’esprit d’équipe, mais il leur permet aussi de tisser des liens. C’est le pouvoir immense du sport. » Felipe Paullier, sous-secrétaire général aux affaires de la jeunesse des Nations Unies
Mais il y a un revers à cette médaille dorée
Si le foot peut nous faire du bien, il peut aussi nous faire du mal. Et pas qu’un peu.
Les cardiologues alertent depuis des années. Lors des matchs à fort enjeu, les urgences cardiovasculaires peuvent être multipliées par 2,7. Le corps vit le match comme une menace réelle. Le cortisol grimpe. La pression artérielle s’emballe.
Pour les personnes fragiles du cœur, l’euphorie d’un tir au but peut suffire à déclencher un accident sérieux. C’est ce qu’on appelle le « syndrome du cœur en fête ». Il n’est pas fictif.
Les personnes hypertendues, diabétiques ou ayant des antécédents cardiaques doivent être particulièrement vigilantes lors des matchs à enjeu élevé. L’alcool et les excès alimentaires aggravent le risque.
La « fanxiety »quand supporter devient épuisant
Mains moites, nuits agitées, irritabilité au moindre hors-jeu raté… Vous connaissez ce feeling ? Les experts ont un mot pour ça : la « fanxiety ».
C’est la contraction de « fan » et « anxiety ». Elle désigne l’angoisse vécue devant un match à fort enjeu. Et elle touche beaucoup plus de monde qu’on ne le croit.
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut rester passionné sans y laisser sa santé. Les spécialistes recommandent de nommer ce qu’on ressent plutôt que de le refouler. De respirer pendant la mi-temps. Et de se rappeler que les joueurs sont des humains, pas des héros invulnérables.
« Les moments difficiles font partie du jeu. Ils rendent les victoires plus douces. Les joueurs ne méritent pas qu’on se mette en danger pour eux. » Rachel Webb, psychologue du sport, Université d’Arizona
Les Bleus, les supporters et le retournement de veste
Cette année, l’équipe de France a réalisé un parcours magnifique. Match après match, les supporters étaient là. Fiers, vibrants, unis derrière les Bleus.
Puis la demi-finale. La défaite. Et en quelques heures, le même public a retourné sa veste. « L’équipe est nulle. » « Deschamps doit partir. » « On n’a rien à voir avec eux. »
Ce phénomène a même un nom scientifique : le « BIRGing » et le « CORFing ». On s’associe aux victoires (« Basking In Reflected Glory ») et on rejette les défaites (« Cutting Off Reflected Failure »). C’est un mécanisme de protection de l’ego. Totalement humain. Mais pas très glorieux.
Ce retournement dit quelque chose d’important sur nous. Il montre à quel point nous avions investi émotionnellement dans ces joueurs. Et à quel point la déception peut transformer l’admiration en rejet brutal. Ce n’est pas du football, c’est de la psychologie.
Quand les champions eux-mêmes parlent de leurs démons
En décembre 2025, cinq champions du monde 2018 ont fait quelque chose d’inattendu. Varane, Umtiti, Giroud, Matuidi, Sidibé… Ils ont parlé de leur dépression.
Umtiti a raconté ses journées entières au lit, sa rupture avec le monde. Varane a évoqué ce vide intérieur qui l’empêchait de profiter du Real Madrid. Des champions, des héros mais des humains avant tout.
Entre 20 et 35 % des footballeurs professionnels souffrent de troubles psychiques durant leur carrière. Comme tout le monde. Le maillot n’est pas un bouclier contre la souffrance mentale.
C’est précisément ce message que We talk porte au quotidien, la santé mentale ne fait pas exception pour les « forts ». Elle concerne tout le monde, les champions, les managers, les collaborateurs. Et en parler, c’est déjà commencer à aller mieux.
Et si la Coupe du monde nous apprenait quelque chose ?
Au fond, la Coupe du monde est un révélateur. Elle montre notre besoin de liens, d’appartenance, d’émotions collectives. Elle montre aussi notre difficulté à accueillir la défaite sans chercher un coupable.
À l’ONU, juste avant la finale 2026, la FIFA et le Bureau de la jeunesse se sont réunis autour d’un seul sujet : la santé mentale des jeunes. Parce que le football, plus que tout autre sport, parle à ceux qui en ont besoin.
Alors vibrez. Criez. Pleurez si besoin. Mais rappelez-vous que vos émotions vous appartiennent. Qu’elles méritent d’être accueillies, pas refoulées. Et qu’après le coup de sifflet final, il reste toujours quelqu’un à qui parler.
La santé mentale, ça se joue aussi au travail, We talk accompagne les équipes RH et les managers dans la création de parcours pour libérer la parole. Parce que les émotions ne restent pas dans les tribunes, elles entrent aussi dans les open spaces.



