Le changement d’heure, l’arrivée de l’automne et la baisse de luminosité peuvent peser sur le moral. Pour une personne qui vit un deuil, certaines périodes de l’année peuvent aussi raviver des souvenirs et rendre le quotidien plus difficile.
Perdre un proche bouleverse souvent de nombreux aspects de la vie. Fatigue, difficultés de concentration, colère ou sentiment de vide : les réactions peuvent être nombreuses et parfois surprenantes. Vivre un deuil ne suit pas un parcours unique. Chacun avance à son rythme, avec des besoins qui peuvent évoluer au fil du temps.
Agnès Soulet de Brugière, Sherpa chez We talk, partage quelques repères pour mieux comprendre ces réactions et traverser cette période sans ajouter de pression à ce que l’on vit déjà.
Vivre un deuil : perdre un proche et ne plus se retrouver
Après une perte, il peut être difficile de réfléchir clairement ou de prendre des décisions simples. Certaines personnes décrivent un brouillard mental, des oublis ou une fatigue importante. Le sommeil peut aussi devenir moins réparateur.
Les émotions, elles aussi, peuvent surprendre. La colère peut être dirigée vers les circonstances du décès, les professionnels de santé ou même la personne disparue. À l’inverse, certaines personnes ressentent peu d’émotions dans les premiers temps. Des moments de rire ou de légèreté peuvent également survenir, parfois accompagnés de culpabilité.
Agnès décrit également plusieurs mouvements qui peuvent traverser le deuil : une forme d’anesthésie, où plus rien ne semble avoir d’importance ; le sentiment d’être à l’arrêt alors que le monde continue d’avancer ; puis une tempête émotionnelle, faite de colère, d’injustice et de questions auxquelles il est difficile de trouver des réponses.
Ces réactions ne signifient pas que l’on vit mal son deuil. Elles peuvent varier d’une personne à l’autre et changer au fil des jours. Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise manière de ressentir la perte d’un proche.
Dans ces moments, Agnès rappelle un point essentiel : « Lutter contre cette fatigue est une erreur. » Le deuil peut demander une énergie considérable, jusque dans les gestes les plus simples. Reconnaître cette fatigue et accepter de ne pas pouvoir tout faire comme avant peut aider à traverser cette période.
Le deuil n’est pas une succession d’étapes
Le modèle des cinq étapes du deuil (déni, colère, marchandage, dépression et acceptation) est souvent présenté comme un parcours que chacun devrait suivre dans un ordre précis. Pourtant, il ne décrit pas une évolution universelle du deuil. Les travaux initiaux d’Elisabeth Kübler-Ross, qui a créé ce modèle, portaient sur des personnes confrontées à leur propre mort et non à celle de leurs proches.
Comme le souligne Agnès, « Le deuil n’est pas un escalier propre ni une liste de tâches à cocher. »
La tristesse peut revenir après plusieurs jours plus faciles. Une odeur, une date, un lieu ou une chanson peuvent faire resurgir des souvenirs. Un anniversaire ou un changement de vie peut aussi raviver la peine, même longtemps après la perte. Cela ne signifie pas que l’on revient au point de départ. « La douleur ne signifie pas une rechute, mais le rappel que le lien a existé », rappelle Agnès Soulet de Brugière.
Il est donc inutile de se comparer aux autres ou de se fixer une date à laquelle il faudrait aller mieux. Avancer ne signifie pas oublier la personne disparue. Cela peut aussi vouloir dire retrouver peu à peu une place dans son quotidien, tout en gardant ce lien en soi.
Quels repères pour vivre un deuil au quotidien ?
Quand tout semble difficile, il peut être utile de se concentrer sur ce qui est possible dans l’instant. Reprendre progressivement le cours du temps présent passe parfois par de petits repères, sans chercher à anticiper toutes les difficultés à venir. Un jour à la fois !
Quelques repères peuvent être utiles :
- Préserver ses besoins essentiels : boire, manger simplement et se reposer autant que nécessaire.
- Tenir compte de sa fatigue : reporter certaines tâches, réduire ses sollicitations ou prévoir des moments de calme.
- Poser ses limites : refuser une visite ou une invitation si l’on n’en a pas l’énergie.
- Anticiper les dates sensibles : prévoir une journée plus calme, marcher dans un lieu qui a du sens ou créer un petit rituel personnel.
Au travail aussi, le deuil peut affecter la concentration et l’énergie. Si une émotion devient envahissante, il peut être utile de quitter son écran quelques minutes, de sortir prendre l’air ou de demander une pause. Il n’est pas nécessaire de tout expliquer à ses collègues pour exprimer un besoin.
Comment soutenir une personne endeuillée ?
Face au deuil d’un proche ou d’un collègue, il est parfois difficile de trouver les bons mots. On peut avoir peur de raviver la douleur ou de dire quelque chose de maladroit. Pourtant, une présence simple peut compter davantage qu’une phrase parfaite.
La personne endeuillée peut aussi chercher à cacher sa peine pour ne pas inquiéter ses proches ou leur faire du mal. Pourtant, vouloir les protéger en gardant tout pour soi peut devenir un piège. Il est possible d’exprimer ce que l’on ressent sans avoir à tout expliquer.
Concrètement, pour soutenir une personne dans le deuil, il est possible de proposer un café, d’aider sur une tâche quotidienne ou simplement de rester présent sans chercher à faire parler la personne. Il faut aussi respecter son besoin de solitude et son choix de partager, ou non, ce qu’elle traverse.
Certaines phrases sont en revanche à éviter : « Le temps guérit tout », « Sois fort » ou « Je sais exactement ce que tu ressens ». Même bien intentionnées, elles peuvent donner le sentiment que la peine est minimisée ou qu’il faudrait la dépasser plus vite.
Quand se faire accompagner pendant un deuil ?
Il n’est pas nécessaire d’attendre d’aller très mal pour demander de l’aide. Un espace de parole peut permettre d’exprimer des émotions difficiles, de prendre du recul et de retrouver progressivement des repères.
Un accompagnement peut être utile lorsque la souffrance prend beaucoup de place, que l’isolement s’installe ou que le quotidien devient particulièrement difficile à gérer. Un psychologue ou un professionnel de santé peut aider à évaluer les besoins et à proposer un soutien adapté.
Comme le rappelle Agnès, « La progression ne se mesure pas à l’absence de larmes, mais à l’espace que tu réapprends à occuper malgré le vide. » Vivre un deuil ne signifie pas effacer la perte ni retrouver exactement la vie d’avant. C’est avancer progressivement dans une réalité qui a changé, sans avoir à suivre un calendrier précis. Et lorsque le chemin devient trop difficile, il est possible de ne pas le parcourir seul.
Le deuil fait partie des thématiques abordées chez We talk, où nous proposons un parcours « Surmonter sa peine et traverser l’épreuve » pour aider chacun à traverser les moments difficiles.



